Entretien avec...

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Chiara Parisi,
Directrice du Centre Pompidou-Metz

Le 28 novembre dernier, Serge Lasvignes, Président du Conseil d’administration du Centre Pompidou-Metz et Président du Centre national d’art et de culture Georges Pompidou, a nommé Chiara Parisi Directrice du Centre Pompidou-Metz pour un mandat de cinq ans à compter du
2 décembre 2019. Alors que les premiers mois de son mandat sont bouleversés par la crise du Covid-19, Chiara Parisi nous livre ses ambitions pour le Centre.

Vous avez été nommée Directrice du Centre Pompidou-Metz en décembre dernier. En quelques mots, retracez le parcours qui vous a conduite jusqu’à Metz. Qu’est-ce qui vous a motivée à présenter votre candidature pour prendre la direction du Centre ?

Je suis romaine, docteur en histoire de l’art, et j’ai débuté mon parcours à la Villa Médicis, où j’ai eula chance de me former comme jeune commissaire. En 2004, je décide de venir en France afin de prendre la direction du Centre international d’art et du paysage de l’île de Vassivière, au coeur de la Creuse, en Limousin.  Durant sept ans, j’y ai développé une programmation à la fois ancrée dans son territoire et tournée vers l’international, avec des expositions inédites et des projets plus environnementaux.

En 2011, j’ai rejoint la Monnaie de Paris en qualité de Directrice des Programmes culturels pour ouvrir et penser un nouveau lieu dédié à l’art contemporain, au coeur de la capitale. En quelques années, la Monnaie de Paris s’est hissée au rang d’institution artistique internationale. J’y ai organisé plusieurs expositions monographiques, notamment celles de Paul McCarthy et de Maurizio Cattelan.

À la suite de ces six années intenses à Paris, la Villa Médicis m’appelle à nouveau, comme curator des expositions d’art moderne et contemporain. Entre 2017 et 2019, j’y ai lancé un nouveau cycle d’expositions avec Yoko Ono, Tatiana Trouvé, Annette Messager, Camille Claudel…

À la fin 2019, j’ai posé mes valises à Metz, ville que j’avais découvert pour y avoir été invitée lors d’une Nuit Blanche, il y a presque dix ans.

Aujourd’hui, mon objectif est de pérenniser l’exceptionnelle réussite du Centre Pompidou-Metz. Cette institution est devenue une destination artistique de premier plan, et j’ai à coeur de poursuivre ce qui a été bâti par les directeurs précédents, Laurent Le Bon et Emma Lavigne, en amplifiant son rayonnement international et son dynamisme territorial.

C’est un musée unique – qui accueille une fois par an un nouvel accrochage de la collection du Centre Pompidou, la plus importante au monde avec celle du MoMA – et un espace d’action pour les artistes au sein d’une des architectures muséales les plus audacieuses et réussies au monde, celle de Shigeru Ban et Jean de Gastines. En résumé, c’est un lieu irrésistible pour ceux qui y travaillent, qui le visitent et qui y sont invités.

Le Centre Pompidou-Metz fête ses dix ans cette année. La fréquentation du Centre et sa renommée ne cessent de s’intensifier. Quelles sont les orientations de votre programmation pour les cinq prochaines années ?  Quelles sont vos ambitions pour le Centre ?

Je souhaite que le Centre Pompidou-Metz soit tout à la fois un lieu de vie, d’initiation, de contemplation et de transmission. Un lieu que l’on fréquente pour voir ses expositions et ses spectacles, pour vivre des événements, des rencontres mais aussi pour se promener, prendre
un café, revoir une oeuvre d’art moderne, converser avec des amis, expérimenter un atelier pédagogique, en savoir plus sur les nouvelles tendances de l’art contemporain... Je souhaite valoriser son architecture et mettre en avant sa dimension sculpturale. Cette architecture, c’est
notre grand atout – les visiteurs l’adorent –, il nous faut la faire vivre pleinement. 

En dépit de la pandémie de Covid-19, qui a entraîné la fermeture du Centre durant trois mois, nous avons poursuivi notre travail sur la programmation des prochains mois. Ainsi, nous travaillons actuellement sur Giuseppe Arcimboldo, ce peintre de la Renaissance italienne, qui me fascine depuis toujours et dont les artistes contemporains continuent de s’inspirer.

La transversalité et la pluridisciplinarité étant fondamentales à mes yeux, nous développons des projets liés au paysage, avec notamment une exposition sur le Land art, ou aux arts martiaux, pour montrer comment de grands artistes ont utilisé le corps dans sa dimension aussi bien physique que spirituelle. Enfin, de grandes monographies sont en préparation, sur Suzanne Valadon, André Masson ou Kasimir Malevitch.

L’éducation et la pédagogie sont des valeurs cardinales, pour moi, et j’entends, par ailleurs, mettre en place toute une série d’actions envers les publics, dans et hors les murs.

Quels sont les événements prévus pour célébrer ce dixième anniversaire ? Seront-ils touchés par la pandémie de Covid-19 ?

Une programmation de grande qualité a été conçue pour cette année symbolique, durant laquelle nous devions franchir le cap des quatre millions de visiteurs. 2020 sera l’occasion de revenir sur cette première décennie d’ouverture à la création sous toutes ses formes, mais aussi de bâtir et de préfigurer notre vision pour le futur.

Cet enjeu est d’autant plus crucial après la crise sanitaire que nous vivons. La stabilité des institutions culturelles est encore plus essentielle au moment où la vie recommencera. Une partie de la population manifeste déjà une soif d’art, une envie de pouvoir à  nouveau vivre collectivement, échanger, rencontrer. Maintenir une offre culturelle de qualité constitue, à mon sens, un geste fort de la part des collectivités, ainsi qu’un signal positif pour les citoyens. Nous avons fait le choix de ne rien annuler, mais plutôt de gérer des reports de programmation à chaque fois que cela était possible.

Depuis notre réouverture, intervenue le 12 juin, nous pouvons enfin présenter au public l’exposition Folklore (visible jusqu’au 4 octobre), ainsi que les installations de Susanna Fritscher (jusqu’au 14 septembre) et de Giuseppe Penone (jusqu’au 11 janvier 2021) qui devaient initialement être inaugurées en mars. L’exposition dédiée à Yves Klein ouvrira le 18 juillet, suivie le 21 novembre par l’exposition dédiée à Marc Chagall et à l’importance du vitrail dans son oeuvre, organisée en résonance avec les 800 ans de la cathédrale de Metz. Enfin, Aerodream, une exposition surprenante qui abordera l’histoire méconnue des gonflables dans l’architecture et le design, est décalée au 30 janvier 2021.

Le week-end de célébration du dixième anniversaire du Centre sera organisé du 28 au 30 mai 2021. Je compte faire de ce moment une parenthèse visionnaire, un concentré de vitalité et d’énergie créative et constructive. Onze artistes ont été invités à écrire onze nouveaux commandements, qui se manifesteront à travers une série de projets conçus pour nous : Maurizio Cattelan, Daniel Spoerri, Bintou Dembélé, Simone Fattal et Shigeru Ban... Tous nos espaces seront accessibles gratuitement, des événements seront proposés en continu... Cette manifestation sera mémorable.

Wendel accompagne le Centre Pompidou-Metz depuis sa création en 2010, et est, depuis lors, mécène fondateur de l’institution. En quoi ce partenariat est-il nécessaire pour le Centre ?

Grâce au soutien historique de Wendel et à sa logique de long terme, nous pouvons avant tout porter notre programmation culturelle avec ambition et sérénité. Pouvoir compter sur la vision et la fidélité d’un partenaire si prestigieux, présent à nos côtés depuis le début, avec qui nous partageons un même attachement aux valeurs d’excellence, d’innovation et d’accessibilité, est une chose précieuse.

En tant que membre de notre Conseil d’administration, Wendel nous apporte également une expertise venue du secteur privé, formidable complément de l’accompagnement de notre aîné, le Centre Pompidou, et des collectivités territoriales (Metz Métropole, Région Grand Est, Ville de Metz).

Son engagement contribue ainsi à faire du Centre Pompidou-Metz l’association d’une dimension locale à une visibilité internationale, par tous et pour tous.

Le Centre Pompidou-Metz est une destination à la fois proche, moins de deux heures de Paris, et dépaysante, pour passer quelques heures à revoir un célèbre chef d’oeuvre, à découvrir la nouvelle icône de la scène artistique ou à passer une nuit au pied d’une des plus belles cathédrales gothiques du monde. Je veux faire de notre institution le lieu de toutes les expériences en matière d’histoire de l’art, des plus divertissantes aux plus denses, en passant par les plus interactives et les plus innovantes.

Un tel projet, dans sa dimension universelle, ne peut à mon sens qu’être collectif, et nous sommes fiers de pouvoir en cela compter sur Wendel.

 

Wendel et le Centre Pompidou-Metz
un partenariat de long terme

Pour son dixième anniversaire, Wendel réaffirme son soutien au Centre Pompidou-Metz pour une durée de cinq ans. En effet, Wendel tient à souligner l’importance cruciale de soutenir le monde de la culture dans la période actuelle.

Depuis sa création, en 2010, le groupe Wendel accompagne le Centre Pompidou-Metz dans son développement et est, à ce titre, mécène fondateur du Centre.

Crédits : Philippe Levy

 

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